Les entreprises implantées sur le continent africain, qu’elles soient des multinationales ou des PME locales, sont confrontées à des éléments tels que la santé publique, le foncier, le respect de l’environnement, le développement durable – éléments très divers mais tous reliés à des enjeux sociaux et environnementaux incontournables aujourd’hui.

Une politique de responsabilité sociale et environnementale (RSE) cherche donc à se développer – même si plusieurs facteurs bloquent encore son expansion. Le premier de ces facteurs est le manque d’implication des Etats ; en dehors de quelques pays comme le Liberia ou le Togo, les autres consacrent par exemple bien moins de 15% de leur budget à la santé. De fait, les initiatives allant dans le sens d’une amélioration des conditions de travail et de santé des habitants sont essentiellement portées par les entreprises, ce qui engage pour celles-ci un coût non négligeable. D’autre part, l’Afrique ne possède pas encore d’experts de terrain, sensibilisés à cette politique. Il est donc nécessaire de passer par des experts extérieurs – à la fois plus chers et moins compétents, puisqu’ils ne sont pas au fait des spécificités locales. La troisième difficulté (mais pas la moindre) réside dans l’existence de “réfractaires au changement” : selon Franck Elba, directeur de l’unité agricole intégrée de Sucrivoire, filiale de Sifca, la démarche RSE est encore considérée par certains avec méfiance comme une “affaire d’occidentaux”.

Du philanthropique à l’économique

Il est ainsi indispensable, pour que le changement soit effectif, de démontrer aux acteurs locaux, depuis les gouvernements jusqu’aux petits entrepreneurs, que la RSE n’est pas un luxe de pays développés mais bien un facteur économique, un véritable levier par lequel les entreprises et les Etats trouveront leur bénéfice.

Thierry Téné, cofondateur de l’Institut Afrique RSE en 2008, insiste sur cet aspect : la RSE est un outil de compétitivité – et un rapport publié en 2009 dans le cadre du programme Back Roll Malaria le dit également, en parlant d’un “retour sur investissement impressionnant”.

En effet, les entreprises y gagnent d’abord une main d’oeuvre plus efficace, avec moins d’absentéisme. Il est évident que la lutte contre le VIH, ou le paludisme, est le meilleur moyen de stabiliser les employés : la création de centre de dépistages, la présence de personnels médicaux, la mise en place de systèmes d’assurance maladie comme celui que la SAPH (filiale de Sifca) a ouvert pour les planteurs, permettent d’améliorer considérablement les conditions de vie des travailleurs, de même que l’investissement dans des équipements adaptés afin de réduire la pénibilité et les accidents du travail.

Dans le domaine du développement durable ou de l’engagement environnemental, le constat est le même ; traiter les déchets, éviter une émission trop importante de CO2, maîtriser l’utilisation de produits chimiques, ou encore gérer de façon raisonnée les matières premières sont autant de manières de contribuer à une meilleure qualité de vie. Mais ces comportements ont également des retombées économiques plus que positives : soit par le biais d’économies substantielles sur ce que l’on pouvait considérer jusque-là comme des coûts incompressibles (par exemple dans le domaine de la consommation d’énergie : Sania, filiale de la Sifca, a enregistré en 2013 une économie de plus de 500 millions de F CFA en remplaçant le gaz naturel par de la biomasse pour produire son électricité), soit par le biais d’investissements à plus long terme. En respectant l’environnement, les entreprises du secteur agro-industriel préservent en effet leur capital et gagnent ainsi en pérennité.

Il faut enfin noter que ces actions ont également un impact sur l’image des entreprises ; à l’heure où les classes moyennes africaines sont de plus en plus sensibles aux questions environnementales et sociales, faire partie de ceux qui s’engagent pour la santé des hommes comme pour celle de la planète est un réel atout.

Il s’agit donc, pour que la RSE se généralise, de bien montrer aux acteurs qu’ils ont tout à y gagner : du petit chef d’entreprise à l’Etat, à tous les niveaux de la société, chacun est non seulement concerné d’un point de vue éthique, mais aussi économique.